Les dingueries du wellness
Ou comment un massage m'a permis de prendre conscience de la nécessité de poser des cadres plus clairs dans le milieu du bien-être (+ Aldous Harding et autres surprises)
Cette semaine, je vous parle d’un texte que j’ai renoncé à vous envoyer, de mon coup de cœur musical du mois, de l’umami et surtout d’un massage malaisant qui m’a fait prendre conscience de l’importance de l’éducation au consentement, y compris dans le milieu du wellness ! Vous pouvez écouter cette newsletter si vous avez la flemme de la lire. Et pleaaaaaaase, si un sujet vous a plu, interpellé, inspiré, intéressé, laissez-moi un petit commentaire, ça me fait plaisir d’échanger avec vous !!! Et si vous vivez en France, bon courage pour cette semaine sur les braises…
L’umami passe à table
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J’ai toujours été fascinée par la manière dont le goût se constitue. On savoure en écoutant le croquant des légumes et le grésillement d’un poisson à peine sorti du four. On se sert de la vue pour juger de la fraicheur comme du raffinement d’un plat. On apprécie les parfums qui émanent de l’assiette et on utilise le toucher pour évaluer la sensualité des textures. Et puis, il y a ces récepteurs sur la langue qui vont analyser l’acidité, la sucrosité, le salé, l’amertume… ET l’umami. Cinquième saveur identifiée par un scientifique japonais il y a plus d’un siècle, l’umami est aussi difficile à décrire que recherché par les gastronomes. Issu d’aliments maturés ou fermentés, il offre de la profondeur au repas. Une pleine présence en bouche. Un souvenir qui s’inscrit dans le temps. À l’occasion du lancement de la cuvée Ruinart Blanc Singulier Édition 20, treize chefs étoilés connus pour leur engagement pour le vivant livrent leur interprétation de cette cinquième saveur. Du 26 au 28 juin, leurs restaurants proposeront une expérience de dégustation baptisée « Tables Singulières » afin de révéler l’umami des mets et du vin. Si vous aimez la haute gastronomie et le champagne, et que vous êtes en quête d’une expérience mémorable, réservez dès aujourd’hui une table dans l’un des restaurants sélectionnés par Ruinart. Il y en a aux quatre coins de l’hexagone ainsi qu’à Reims, à la Maison Ruinart, 4 rue des Crayères. Tables Singulières les 26, 27 et 28 juin 2026, réservation juste ici. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Le texte que j’ai renoncé à vous envoyer
Je viens de passer quinze jours à écrire un long texte sur les violences faites aux enfants. Une newsletter intime, truffée de recherches, de références littéraires, de podcasts, de rapports, de chiffres et de vidéos. Et puis, je l’ai relue hier soir et j’ai renoncé à l’envoyer. Elle manque encore de maturité et de réflexion. Je m’aperçois qu’elle répond aussi à l’irrésistible tentation de réagir et de donner mon avis. Même si j’essaie de ne pas sauter dans le piège tendu par les opinions à chaud et en chaine sur les réseaux sociaux, je n’ai pas réussi à échapper à l’envie d’apporter ma pierre à l’édifice. Justement parce que certaines déclarations politiques ont désamorcé une bombe de rage en moi. Je vais laisser circuler les émotions qui me traversent, prendre - encore et toujours - soin de mes blessures et continuer à tenter de prendre de la hauteur. Pas parce que je m’interdis la colère ou les cris. Crier est sans doute ce dont j’ai le plus besoin aujourd’hui, n’en déplaise à certains. Néanmoins, j’ai l’impression que mon texte ne fait que dégonder des portes déjà ouvertes par des cerveaux plus aiguisés que le mien. Parfois, on s’imagine que ça me prend trois secondes de rédiger une newsletter. La réalité est que j’écris quotidiennement et que la plupart de mes textes atterrissent dans des dossiers oubliés de mon ordinateur ou dans la corbeille. Je ne renonce cependant pas à aborder ce sujet sensible qui m’est cher. Je continue à espérer que la protection des plus fragiles devienne la priorité de tous, pas uniquement celle des femmes, des parents ou des victimes. Parce que je suis convaincue qu’elle constitue le fondement d’une société juste. À 19h ce soir, place Vendôme, un nouveau rassemblement est prévu devant le ministère de la justice pour réclamer la loi intégrale
La poésie d’Aldous Harding
J’ai des goûts musicaux éclectiques. Je n’ai aucun mal à passer d’une pop-star à la voix auto-tunée à une diva du jazz, d’un guitariste méconnu qui fabrique des chansons dans sa chambre à du reggaeton dans ma salle de bain. La semaine dernière, j’ai assisté au concert d’Aldous Harding à la Salle Pleyel à Paris. J’ai découvert cette chanteuse folk néozélandaise il y a quelques années grâce au compte Instagram de l’artiste Jérôme Minière. J’ai dévoré son album Designer sorti en 2019, j’ai d’ailleurs passé plusieurs titres dans mes cours diffusés en ligne. Née en 1990 dans une famille de musiciens, cette tessiture élastique est capable d’imiter un enfant de 4 ans, de plonger dans les graves d’une contrebasse ou de faire vibrer ses cordes vocales avec l’aisance de Judy Collins. Lorsque j’ai appris qu’elle venait de sortir un nouvel album, j’ai effectué une recherche pour trouver des interviews sur mon navigateur et j’ai vu qu’elle passait en concert à Paris. J’ai acheté deux places en carré or à moins de 45 euros chacune. Ça change des listes d’attente déprimantes organisées par Ticket Master et des propositions de billets à 800 euros pièce pour Bad Bunny (avis à la population : je suis toujours à la recherche de deux places pour le dimanche 5 juillet à la Défense Arena, please, pensez à moi si vous avez un imprévu, ma fille et moi rêvons de le voir danser dans sa casita). Sur scène, Aldous Harding et ses musiciens nous ont livré un concert artisanal. Humain. La chanteuse prend son temps entre chaque chanson, réaccorde sa guitare, regarde son batteur qui compte la mesure, reprend son souffle. Elle parle peu. Elle est totalement habitée. Elle incarne pleinement ses personnages et nous embarque sur son bateau ivre d’histoires. Parfois, la pianiste change d’instrument et les musiciens se mettent à chanter à la tierce. Aldous Harding a tous les âges. Elle semble préférer la liberté d’explorer tous les états d’être à sa beauté époustouflante. Pas de danse maitrisée, pas de fioritures, pas de spectacle inutile. Juste de l’humanité à partager. Elle dépose son authenticité crue sur la table. Elle se lève, salue et s’en va. Une expérience résolument exotique dans l’ère de l’artifice. Aldous Harding est en tournée dans toute l’Europe cet été, puis aux États-Unis en septembre. Son nouvel album Train on the island est disponible sur toutes les plateformes
Une histoire de consentement

Un jour, j’écrirai peut-être un bouquin sur les expériences beauté et bien-être les plus étranges que j’ai testées ces 25 dernières années. J’ai déjà le titre. Il s’appellera « What The Fuck ?! ». J’ai le regret de vous annoncer que malgré nos prises de conscience sur le danger des thérapies alternatives, les enjeux de domination entre soignants et soignés, la déconstruction nécessaire de nos réflexes de soumission devant une figure d’autorité, les délires les plus frapadingues continuent à prospérer. Je tombe parfois sur des vidéos complètement barrées sur Instagram. Entre celle qui congèle des placentas pour en faire des ballons à l’occasion de cérémonies « sacrées », un autre qui te libère de tes problèmes de poids en appelant l’archange Michaël et une qui réunit des groupes de femmes pour leur affirmer que la raison de leur célibat est logée dans leurs mémoires akashiques et leur vie antérieure de prédateur sexuel (tout est véridique)… hum, fatigue ! Et plus on perd confiance dans nos institutions (santé, éducation, justice, état), plus il y a de voies sur l’autoroute des idées les plus foutraques.
Il y a quelques semaines, j’ai booké un massage avec un thérapeute de passage à Paris dont on me disait le plus grand bien. Le rendez-vous était organisé dans un lieu que je connais et que j’apprécie. Le contexte est important car il programme en amont la confiance que nous accordons au soignant. J’arrive à l’heure et je croise une amie qui vient d’être massée par le même homme. Elle a le cheveu huilé et le regard stone comme c’est souvent le cas après un long massage ayurvédique. Je suis ravie de finir ma journée dans un institut, d’autant que j’ai encore hyper mal au trochanter (les suites de ma fracture de l’orteil). Le masseur ne parle pas français et son anglais est fragile, ce qui limite nos échanges. Je lui parle de ma fracture et de ma douleur au bassin. Il me demande s’il peut me mettre de l’huile dans les cheveux, me dit qu’il va commencer par des mantras et que le massage commencera juste après.
Je m’assois et Il fait ce qui ressemble à des incantations au-dessus de mon crane en brulant de l’encens. Je me dis : « Chelou. Mais pourquoi pas. C’est pas moi qui ai fait chanter des mantras à 15000 internautes chaque soir pendant le Covid qui vais lui jeter la pierre ». Au moment de me changer, je ne trouve pas de slip jetable comme c’est l’usage dans les instituts. Il n’y a pas non plus de serviette ou de drap sur le matelas au sol pour me glisser dessous. Léger red flag intérieur mais je me dis « Après tout, il voit des corps toute la journée, je ne vais pas faire un cirque pour ça ».
Me voilà en string, allongée comme un ver, face contre terre, sur une couverture chauffante, massée comme un bœuf de Kobe avec de l’huile et des onguents de toutes sortes. Je suis attentive à la gestuelle. Je ne ressens aucune intention tendancieuse. Je me détends. Le voilà qui m’étire dans toutes les directions. Je me laisse faire, même si c’est douloureux. Je me dis qu’il doit savoir ce qu’il fait, vu la difficulté à dénicher un rendez-vous avec lui. Pour m’étirer le dos, il se met derrière moi, me soulève les épaules en cobra – la poitrine découverte, tandis que mes mains sont agrippées à ses bras derrière moi, comme il me l’a indiqué, et qu’il appuie sur l’os du sacrum avec son genou. Je visualise la scène un instant et j’imagine ce que mon mari dirait de ma posture : « Meuf, t’es complètement jetée ou quoi ? ». Cependant, je ne ressens aucune connotation sexuelle dans ses gestes. Je reste vigilante. Pour le lâcher-prise, on repassera.
Une fois sur le dos, il me masse les jambes sans couvrir ma poitrine. Il m’étire les hanches dans tous les sens. Il n’a pas mis de drap entre mes jambes, j’ai un peu peur de le « flasher » sans le vouloir avec toute mon anatomie vu la minceur de mon sous-vêtement. Je reste concentrée sur mon expiration pour oublier la vision « gynéco » qui me traverse et pour supporter les manipulations qui me font un mal de chien. Le massage se termine enfin. Il me prévient que je vais avoir des courbatures mais que la douleur va vite s’estomper. En effet, deux jours plus tard, je n’ai plus aucune douleur dans le trochanter et ma démarche est redevenue complètement normale alors que je boite depuis des semaines. C’est presque miraculeux, j’ai l’impression de ne plus avoir de séquelles de ma fracture.
Pourtant, en repensant à ce massage, je ne suis pas à l’aise. Du coup, j’en parle à trois masseuses dont je connais le professionnalisme. Toutes sont estomaquées. Elles me rappellent qu’il existe des codes précis concernant la nudité qu’on apprend dès qu’on commence à se former, quelle que soit la technique choisie. Rien ne justifie que les parties intimes soient découvertes. Si un.e thérapeute considère que c’est plus facile de masser un corps sans le couvrir, alors cela doit être précisé dès le départ et le consentement du client doit être exigé en retour. Les thérapeutes que je connais sont unanimes : ça ne prend pas plus de temps d’utiliser un drap et des serviettes pour cacher l’entrejambe, la poitrine ou les fesses. Tous les masseurs connaissent ces chorégraphies qui garantissent le respect de l’intimité et préservent un cadre protecteur pour le client comme pour le thérapeute.
J’ai fini par raconter le déroulé du massage à mon mari qui a évidemment déclaré « Mais t’es complètement jetée ?! » avant de se rendre compte que je n’étais pas responsable de cette situation malaisante et que s’il y avait une personne à blâmer dans l’histoire, c’est le masseur. J’ai eu de la chance, car, malgré le caractère étrange du protocole, je pense qu’il n’était pas mal intentionné. Mais que ce serait-il passé si cela n’avait pas été le cas ? J’aurais été mortifiée à l’idée qu’on puisse imaginer que je « l’avais bien cherché » en ne m’étant pas plainte du fait qu’il ne m’ait pas couvert le corps. J’étais gênée de rester « complètement à poil » devant lui mais j’étais encore plus embarrassée de le dire. Comme si le simple fait de le penser prouvait que j’avais un esprit mal placé. Je me suis tue parce qu’il faisait autorité sur moi et qu’il n’a pas posé de cadre clair au début du massage. Il a choisi ce qui lui convenait le mieux sans me laisser la possibilité de lui dire si cela m’allait. Et je ne comprends toujours pas en quoi il était nécessaire que mes seins restent nus pendant qu’il me massait les jambes. J’en ai discuté avec l’amie qui a été massée par lui avant moi et elle aussi a trouvé sa pratique un peu bizarre. Comme moi, elle n’a rien osé dire.
D’où l’importance qu’on s’éduque tous au consentement, quel que soit notre âge et notre position de soignant ou de soigné. Depuis un an, je consulte ponctuellement un jeune ostéopathe qui m’explique avant chaque séance ce qu’il souhaite faire pour me soigner et me demande mon accord. La première fois, j’ai été extrêmement surprise. « Voici la manipulation que je souhaiterais effectuer, cela risque de craquer, êtes-vous d’accord pour qu’on essaie ? Si cela vous fait peur, il existe d’autres voies, ce sera un peu plus long mais c’est tout à fait possible de faire différemment » et il explique tout ce qu’il fait pendant qu’il s’exécute et dans quel but pendant le soin, en réinterrogeant ses patients : « Est-ce que ça va toujours pour vous ? Est-ce qu’on continue ou bien est-ce que c’est suffisant pour aujourd’hui ? ». Aucun soignant n’a JAMAIS été aussi précautionneux avec moi. Chez lui, c’est un automatisme, il a complètement intégré le mécanisme. En prenant soin de son patient, il se protège également de tout malentendu. Au lieu de profiter de sa position de sachant pour dominer celui qui ne sait pas, il redonne du pouvoir au soigné et le rend actif dans sa guérison. Certains trouveront peut-être, en me lisant, qu’il en fait trop. Je pense au contraire que cela change complètement les rapports de pouvoir sans m’empêcher de respecter ses recommandations médicales. D’ailleurs, les précautions qu’il prend n’entament pas son statut de sachant. Bien au contraire. Je ne cesse de le recommander pour son efficacité, sa gentillesse et ses diagnostics toujours au point.
On peut donc faire autrement. Cela ne prend pas plus de temps. Et je suis certaine que les effets positifs de l’éducation au consentement appliqué à tous les champs du soin pourraient avoir un impact gigantesque dans nos rapports humains.






Merci pour ce partage, ce sujet du consentement (à tout âge!) est primordial pour que les choses changent en profondeur et durablement.
A mon retour des US, où chaque examen médical est très codifié et où chaque geste est expliqué en amont en détail (chez la gynéco apr exemple, bas du ventre et haut des jambes sont toujours recouverts d'un drap en papier, je vais faire ceci, vous allez sentir cela, est-ce que je peux y aller, etc.), j'ai été choquée par la non évolution des pratiques en Europe (du sud) de ce côté là (allez ouvrez les pattes face a la fenêtre, et hop le canard froid sans prévenir !)
Une fois qu'on s'est habitué aux praticiens formés au consentement, il est difficile de ne pas voir le manquement chez les autres.
Merci beaucoup pour ce partage Lili. Je n'ai pas été habituée au consentement des médecins (generaliste, yneco,...) ni de l'ostéopathe mais ça devrait etre la règle. Il y a encore des progrès à faire !